Comment les élèves ingénieurs utilisent leurs expériences de stage pour apprendre à gérer leurs relations professionnelles
Présentation :
EPI (Évolution Personnelle et Insertion Professionnelle - http://epi.unit.eu) est un dispositif destiné à préparer les étudiants des écoles d’ingénieurs ou des masters en ingénierie et technologie, à l’insertion professionnelle, en prenant en compte les spécificités contextuelles des métiers d’ingénieurs. Il s’agit d’aider les étudiants à s’insérer dans un monde professionnel complexe, multiculturel et international. Notre projet répond en particulier aux besoins des élèves issus de milieux socioprofessionnels éloignés de l’environnement professionnel dans lequel ils sont destinés à s’insérer et à évoluer au cours de leur carrière.
Public cible concerné :
Ce dispositif s’adresse
- Dans un premier temps, aux étudiants en formation initiale dans le cadre d’une pédagogie s’appuyant sur un travail personnel accompagné ;
- Dans un deuxième temps, aux stagiaires de formation continue (dispositif DIF) ;
- Mais aussi aux enseignants des matières de Sciences Humaines et Sociales qui ont besoin de cas pratiques pour leurs cours ;
- Une réflexion sera menée pour développer une approche permettant d’apporter des compléments de formation pour des personnes inscrites dans un dispositif de VAE.
Domaine / matière :
Sciences Humaines et Sociales pour l’ingénieur
Constats initiaux et objectifs pédagogiques :
La demande vient à la fois des étudiants d’écoles d’ingénieurs et des universités revenant de leur stage en entreprise que des entreprises ayant accueilli des ingénieurs stagiaires. En effet, certains se retrouvent confrontés régulièrement à des problèmes d’insertion, de management, de comportement...
Pour répondre à ce besoin, les enseignants se sont rendus compte que les divers problèmes rencontrés pouvaient être traités en analysant des études de cas, d’où l’idée d’une banque de cas classés par thèmes que les élèves auraient à disposition par le biais d’un site collaboratif.
Les cas EPI peuvent être utilisés dans une pédagogie déductive comme application directe d’une méthode vue en cours, cependant les situations tirées de la réalité sont complexes et ont rarement une seule réponse. C’est pourquoi la pédagogie préconisée par le projet EPI est une pédagogie active de découverte. Elle est fondée sur l’autonomie des élèves. La méthode active de base est l’induction fondée sur l’étude et la résolution de situations professionnelles rencontrées par des élèves ingénieurs et des ingénieurs. Elle permet de dégager des méthodes applicables à d’autres cas semblables. Elle utilise également le tâtonnement, l’élève travaille en groupe et intègre les points de vue des autres en remettant en cause des certitudes. Le formateur est un facilitateur qui constitue une ressource. Cette méthode rejoint la pédagogie des objectifs dans le sens où l’élève doit être capable de résoudre une situation rencontrée dans le travail en maîtrisant des outils.
La demande vient aussi de la nécessité de faire évoluer la pédagogie pour intéresser les élèves en utilisant les nouvelles technologies, et d’accroître le travail personnel à partir de cas pratiques. Les enseignants ont besoin de renouveler les cas pratiques. La plupart des intervenants extérieurs venant de l’entreprise ont des exemples concrets mais ont besoin de cas structurés qui comportent des apports théoriques.
EPI aide le formateur à être une ressource car les contenus de la formation sont décortiqués (aspect didactique) et ils sont présentés sous une forme disponible et attractive. EPI construit un dispositif qui relie ces ressources et permet des parcours (ingénierie de la formation).
De plus, le formateur peut créer ses propres cas et s’intégrer au dispositif comme il peut faire créer des cas aux élèves à partir de leurs expériences et les faire s’intégrer à EPI. En effet, la mise à disposition des cas ou situations permet au formateur de construire un parcours d’apprentissage personnalisé spécifique aux formés. Dans le cas d’autoformation, c’est le formé qui choisit son parcours en fonction de ses besoins.
Lorsque l’élève en retour de stage, construit un cas à partir de son expérience professionnelle, l’analyse et trouve avec le groupe la méthode de résolution de cette situation, puis la teste en formation et l’applique, nous avons une pédagogie active utilisée dans la formation pour adulte.
Mise en œuvre :
Les écoles partenaires d’EPI sont l’Université d’Orléans, l’Université de Lille, l’Istase, l’Ecole des Mines de Douai, l’Université Henri Poincaré -ESSTIN Nancy, Polytech’Tours, Polytech Nantes et Polytech Paris.
Outils de production utilisés :
- Connaissant le principe des chaînes éditoriales, nous avons opté pour l’utilisation d’un modèle documentaire dans la chaîne éditoriale ScenariChain, retenue par le Groupe des Ecoles des Mines. En collaboration avec l’Ecole des Mines d’Albi-Carmaux, nous avons développé un modèle documentaire EPI. Ce modèle est conforme à la fiche type élaborée par les partenaires du projet et reprend de manière structurée les informations à fournir pour créer le cas.
- L’intérêt d’utiliser une chaîne éditoriale est de diffuser le contenu, rédigé de manière structurée, sous différents formats. Cela permet également de maintenir facilement le contenu, de par la séparation fonds/forme, quel que soient les supports de publication générés.
- Lorsqu’un cas créé avec le modèle EPI est généré, l’auteur récupère un dossier zip contenant un fichier XML ainsi que les médias associés. Ce fichier XML donne la structure du cas, enrichie de métadonnées facilitant l’indexation des ressources pédagogiques ainsi créées. Il sert aussi de base pour la génération au format Flash.
- Une fois le modèle EPI rempli et la publication effectuée, le fichier XML généré s’articule avec un fichier Flash développé par l’Ecole des Mines de Douai qui interprète le fichier XML et intègre les données textuelles et graphiques.
- Les études de cas sont intégrées à un portail développé sous Plone (CMS). Ce site collaboratif à destination des enseignants et des étudiants accessible via un accès sécurisé rend disponibles les études de cas que les auteurs créent.
Description du contenu :
Le portail permet trois types d’accès :
- 1 Accès libre sur le web pour la promotion des enseignements et d’UNIT avec de nombreux exemples en libre accès total
- 2 Accès communauté enseignante, ouverte à tout établissement partenaire d’UNIT
- 3 Accès apprenant, ouvert à tous les étudiants issus des établissements membres d’UNIT.
Le portail est structuré en 8 Domaines : Développement personnel, Relations interpersonnelles, Insertion professionnelle, Management, Responsabilité - Ethique - Déontologie, Interculturalité, Organisation et entreprises, Gestion des projets.
Chaque domaine est décomposé en situations : Réunion en présentiel, Réunion téléphonique, Réunion à distance, Entretien présentiel, Entretien téléphonique, Face à face, Monologue, Situation informelle.
Chaque domaine et situation est relié à des profils : Ingénieur stagiaire, Jeune ingénieur, Ingénieur Chef de projet.
Enfin les cas sont construits autour d’un environnement. Deux types d’entreprises servent de base à la mise en situation : Une grande entreprise multinationale basée en France, Une PME familiale et établie en France sous traitante de la grande entreprise.
Une fois que l’enseignant a choisi le profil, le/les domaine(s) et la/les situation(s), les étudiants ont accès aux cas. Chaque cas se décompose en plusieurs étapes :
- Etape 1 : présentation des personnages et du contexte
- Etape 2 : mise en situation (vidéo, roman-photo, animation...)
- Etape 3 : analyse de la situation
- Etape 4 : principes et conclusions
Dans le cadre d’activités pédagogiques actives, les étudiants peuvent être amenés à produire eux même des ressources pédagogiques (vidéos, photos, romans photos, animations) à partir de cas concrets qu’ils ont rencontrés au cours de leurs stages. En plus d’amener les étudiants à objectiver leurs expériences, ces ressources viennent enrichir la banque de cas utilisables en cours par d’autres enseignants.
Bilan de l’expérience :
Polytech’Orléans fait ce premier retour d’expériences :
- a) Utilisation de cas EPI :
Au cours d’une séance typique, l’enseignant projette le cas sur l’écran de la salle et explique le travail à faire. La distribution de photocopies pour le roman-photo facilite le travail de ceux qui sont éloignés de l’écran et favorise la prise de note et ils en parlent à leurs voisins. Ensuite un élève passe au tableau pour recueillir les points de vue de chacun et élaborer les principes d’actions. La discussion se fait selon le vécu de chacun mêlant opinions et arguments factuels. L’enseignant complète l’analyse et synthétise la méthode ou les principes à en retirer. Le film est plus attractif et plus riche puisqu’il se rapproche de la réalité (rapidité de l’action, difficulté à tout percevoir, ton de la voix, plus de gestes....).
Les cas ne sont pas perçus comme caricaturaux à l’inverse de DVD achetés, étudiés dans une séance ultérieure. Les élèves sont sensibles au fait que les cas EPI sont réalisés pour eux. Ceci s’est traduit par une très bonne volonté de faire leur propre cas EPI à partir de leur expérience personnelle. Les évaluations sont très favorables au module et notamment par la demande de cas pratiques, de jeux de rôle et de mises en situations.
Au final, les retours d’expérience sont encourageants, ce qui est prévisible puisque les cas sont mieux adaptés et la pédagogie plus active.
- b) Création de cas EPI par les élèves :
Après avoir expliqué la méthode et fait travailler sur un cas EPI, les élèves par groupe de 2, 3 ou 4 élèves conçoivent un cas à partir de leur expériences en entreprise (stage ou période d’alternance).
Les cas élaborés par les élèves, sélectionnés, corrigés et complétés par les enseignants vont être proposés sur le site.
La création de cas est motivante pour tous les élèves (créativité, expérience personnelle, travail en groupe, utilisation de moyen audiovisuel en particulier de l’appareil photo numérique). C’est un bon moyen pour optimiser un débriefing de leurs expériences de stages (ou périodes) en entreprise et de les confronter entre eux, de les analyser et d’en tirer des principes d’actions. Cette méthode peut être étendue à des cas rencontrés dans leur vie scolaire (communication, organisation ; exemple de cas en 3ième année) pour une meilleure insertion à l’école.
L’implication pour créer des cas est encore plus grande que dans l’analyse de cas donnés. Les deux sont complémentaires.
Éléments transférables :
La méthode des cas permet aux enseignants de créer leurs propres cas :
- Chaque enseignant ou intervenants extérieurs élabore des cas à partir du modèle d’un ou plusieurs cas existants (exemple d’intervenants à Polytech’Orléans)
- La création de cas pratiques peut être faite en commun, un enseignant qui connaît la méthode la transfère à un ou deux collègues lors de la création d’un cas commun (Exemple entre enseignants de Polytech’Orléans, Polytech Paris et Polytech Nice)
- Des enseignants qui connaissent la méthode et veulent travailler ensemble pour élaborer des cas en apportant chacun leur connaissance. (Exemples entre enseignants de Polytech’Orléans et Polytech Paris)
- Cette démarche peut être adoptée dans d’autres matières par exemple pour l’apprentissage des langues étrangères ou pour la communication et l’organisation personnelle des élèves (applications prévues en anglais et organisation personnelle à la rentrée 2008 à Polytech Orléans)
Les cas créés par le projet EPI peuvent être utilisés de façons très différentes avec les élèves et la liste ci-dessous n’est pas exhaustive :
- Un des objectifs d’EPI de développer l’autoformation avec des cas mis en ligne qui favorisent un parcours d’apprentissage soit collectif soit individuel. L’enseignant donne le même cas à faire à chacun et propose un parcours constitué de cas à résoudre pour progresser. Il peut également faire du sur-mesure et conseiller des cas différents selon les besoins de chacun. L’élève peut également se former en pleine autonomie en analysant puis en regardant les réponses proposées.
- Dans le cas du travail en salle, l’enseignant indique un cas sur le site et fait travailler les élèves à partir de leur ordinateur portable plutôt que le projeter lui-même sur un écran ou distribuer des photocopies.
- Sans moyen audio-visuel l’enseignant peut ne distribuer que les photocopies pour les cas sous forme de roman -photos ou de BD
- Le cas est utilisé comme au théâtre : un élève représente un personnage et étudie ses réparties dans le dialogue. Puis la scène est jouée devant les autres élèves. Les dialogues peuvent être distribués pour les observateurs. L’analyse est plus intéressante car la façon de tenir le rôle va apporter des variantes par rapport à ce qui est prévu à l’origine dans le cas. En effet le ton de la voix, les gestes et le comportement peuvent changer l’analyse du cas qui est de fait plus complète en intégrant ces dimensions. La scène peut être rejouée par d’autres élèves (avec de nouvelles instructions, par exemple, ou en appliquant les principes dégagés de la première analyse). Elle permet une étude comparative.
- Le cas peut servir à des mises en situations avec analyse préalable : Une fois analysé le cas est complété par une mise en situation jouée par des élèves. Ils utilisent les méthodes pour : soit recommencer la situation analysée et éviter le problème à la base, ou bien se situer après la situation analysée et résoudre le problème restant.
- Le cas est utilisé pour une mise en situation sans analyse préalable en présentant les objectifs du cas avec un résumé de la situation pour chaque personnage et en donnant l’autonomie pour résoudre le problème. Plus l’autonomie est grande, plus le jeu de rôle évolue vers la mise en situation. Il reflète mieux la perception personnelle et la pratique des élèves participants qui sont plus impliqués. L’analyse du cas va être très différente selon les élèves qui vont jouer le rôle. Une analyse comparative entre deux groupes d’élèves jouant le cas successivement est d’autant plus efficace.
- Nous pouvons utiliser EPI dans une démarche « Problem-Based Learning » en trois phases : « une analyse d’une situation problème (1h à 1h30)... puis un temps de consultation de ressources (1h à 2 semaines) avant de se retrouver pour synthétiser les connaissances et résoudre le problème. Le tuteur donne son appréciation... » (Florence HUNOT Former les nouveaux managers Editions Liaisons 2000).
Mots clefs :
Insertion professionnelle, management, communication, sciences humaines, cas pratiques
Contact(s) :
Jean-Jacques Yvernault (Université d’Orléans)
Jean-Louis Billoe (INSA de Rouen)
Mathieu Vermeulen (Ecole Nationale Supérieur des Mines de douai)
Lien(s) vers le dispositif :
http://epi.unit.eu/
illustration(s) :
fig 1 : Exemple d’un cas sous forme de "roman photo"
fig 2 : Exemple d’un cas sous forme de vidéo